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link: Sur l'amitié.
(...)Et je suis particulièrement attaché au « Contre Un » car c’est ce texte qui m’a conduit à nouer des relations avec son auteur : il me fut montré en effet bien longtemps avant que je le connaisse en personne, et me fit connaître son nom, donnant ainsi naissance à cette amitié que nous avons nourrie, tant que Dieu l’a voulu, si entière et si parfaite, que certainement on n’en lit guère de semblable dans les livres, et qu’on n’en trouve guère chez nos contemporains.
Il faut un tel concours de circonstances pour la bâtir, que c’est beaucoup si le sort y parvient une fois en trois siècles.(...)
(...)Et c’est bien par l’amitié, en effet, que la vie en société atteint sa perfection.
Car en général, les relations qui sont bâties sur le plaisir ou le profit, celles que le besoin, public ou privé, provoque et entretient, sont d’autant moins belles et nobles, sont d’autant plus éloignées de l’amitié véritable, qu’elles mélangent avec celle-ci d’autres causes, d’autres buts, et d’autres fruits qu’elle-même.(...)
(...)On ne peut comparer l'amitié à l'affection envers les femmes, quoique cette dernière relève aussi de notre choix, et on ne peut pas non plus la classer dans cette catégorie.
Son ardeur, je l'avoue,
car nous ne sommes pas inconnus à la déesse qui mêle aux soucis de l'amour une douce amertume,
[Catulle , Epigrammes, LXVIII, 17.]
est plus active, plus cuisante, et plus brutale.
Mais c'est un feu téméraire et volage, variable et varié, une fièvre sujette à des accès et des rémissions, qui ne nous tient que par un coin de nous-mêmes.
L'amitié, au contraire, est une chaleur générale et universelle, au demeurant tempérée et égale à elle-même, une chaleur constante et tranquille, toute de douceur et de délicatesse, qui n'a rien de violent ni de poignant.
Et de plus, l'amour n'est qu'un désir forcené envers ce qui nous fuit,
Tel le chasseur qui poursuit le lièvre,
Par le froid, par le chaud, dans la montagne et la vallée;
Et il n'en fait plus aucun cas quand il le voit pris,
C'est seulement quand la proie se dérobe qu'il se hâte à sa poursuite.
[Arioste , Roland furieux, X, stance VII.]
Dès que l'amour se coule dans les limites de l'amitié, c'est-à-dire dans l'accord des volontés réciproques, il s'évanouit et s'alanguit; la jouissance fait sa perte, car elle constitue une fin corporelle et elle est sujette à la satiété.
De l'amitié, au contraire, on jouit à mesure qu'on la désire, elle ne s'élève, ne se nourrit et ne s'accroît que dans sa jouissance même, car elle est d'ordre spirituel, et que l'âme s'affine par son usage.
Des sentiments amoureux et éphémères ont pourtant trouvé place chez moi, en dessous de cette parfaite amitié, pour ne rien dire de lui, qui n'en parle que trop dans ses vers. Ces deux passions ont donc coexisté chez moi, en connaissance l'une de l'autre, mais sans jamais entrer en compétition : la première, de haute volée, maintenant son cap avec orgueil, et contemplant dédaigneusement les jeux de l'autre, bien loin en dessous d'elle.

(...)Au demeurant, ce que nous appelons d'ordinaire amis et amitiés, ce ne sont que des relations familières nouées par quelque circonstance ou par utilité, et par lesquelles nos âmes sont liées. Dans l'amitié dont je parle, elles s'unissent et se confondent de façon si complète qu'elles effacent et font disparaître la couture qui les a jointes.
Si on insiste pour me faire dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en répondant: Parce que c'était lui, parce que c'était moi.

Si on insiste pour me faire dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en répondant: Parce que c'était lui, parce que c'était moi.

(...)Qu'on ne mette pas sur le même plan ces autres amitiés, plus communes : j'en ai autant qu'un autre, et même des plus parfaites dans leur genre. Mais on se tromperait en confondant leurs règles, et je ne le conseille pas. Avec celles-là, il faut marcher la bride à la main, avec prudence et précaution, car la liaison n'en est pas établie de manière à ce que l'on n'ait jamais à s'en méfier.
« Aimez-le », disait Chilon, « comme si vous deviez quelque jour le haïr. Haïssez-le comme si vous deviez un jour l'aimer. » Ce précepte, qui est si abominable quand il s'agit de la pleine et entière amitié, est salubre quand il s'agit des amitiés ordinaires et communes, à propos desquelles s'applique le mot qu'Aristote employait souvent :
Ô mes amis, il n'existe pas d'ami! (...)
(...)Les amitiés ordinaires, elles, peuvent se diviser: on peut aimer la beauté chez l'un, la facilité de mœurs chez un autre, la libéralité chez un troisième, la qualité de père chez celui-ci, celle de frère chez celui-là, et ainsi de suite. Mais cette amitié-là, qui s'empare de l'âme, et règne sur elle en toute autorité, il est impossible qu'elle soit double. (...)
(...)Le poète ancien Ménandre disait qu'il était heureux celui qui avait pu rencontrer seulement l'ombre d'un ami. Il avait bien raison de le dire, surtout s'il en avait lui-même fait l'expérience. Car en vérité, si je compare tout le reste de ma vie, qui, grâce à Dieu, a été douce, facile, et — sauf la perte d'un tel ami — exempte de graves afflictions, pleine de tranquillité d'esprit, car je me suis contenté de mes dons naturels et originels, sans en rechercher d'autres, si je la compare, dis-je, aux quatre années pendant lesquelles il m'a été donné de jouir de la compagnie et de la fréquentation agréables de cette personnalité, tout cela n'est que fumée, ce n'est qu'une nuit obscure et ennuyeuse.
Depuis le jour où je l'ai perdu,
Jour qui me sera douloureux à jamais,
Et qu'à jamais j'honorerai,
— Telle a été votre volonté, Ô Dieux!
[Virgile , Enéide, V, 49-50.]
je ne fais que me traîner en languissant, et même les plaisirs qui s'offrent à moi, au lieu de me consoler, ne font que redoubler le regret de sa perte.
Nous avions la moitié de tout : il me semble que je lui dérobe sa part.
Et j'ai décidé que je ne devais plus prendre aucun plaisir,
N'ayant plus celui qui partageait ma vie.
[Térence , Heautontimorumenos, I, 1, 149-150.]
J'étais déjà si formé et habitué à être le deuxième partout, qu'il me semble maintenant n'être plus qu'à demi.
Puisqu'un coup prématuré m'a ravi la moitié de mon âme,
Pourquoi moi, l'autre moitié, demeuré-je,
Moi qui suis dégoûté de moi-même, et qui ne survis pas tout entier?
[Horace , Odes, II, 17, vv. 5 et sq.]
Il n'est pas d'action ni de pensée où il ne me manque, comme je lui aurais manqué moi-même. Car il me dépassait d'une distance infinie pour l'amitié comme en toutes autres capacités et vertus.
Pourquoi rougir et me contraindre En pleurant une tête si chère?
[Horace , Odes, I, 24, v. 1.]
O malheureux que je suis, frère, de t'avoir perdu!
Avec toi d'un seul coup ont disparu ces joies
Que ta douce amitié nourrissait dans ma vie!
Tu mourus, mon bonheur en fut brisé, mon frère,
Et la tombe, avec toi, prit notre âme à tous deux.
Ta mort a de mes jours aboli tout entiers
Les studieux loisirs, plaisirs de la pensée.
Ne saurai-je donc plus te parler ni t'entendre?
O frère plus aimable encore que la vie,
Ne te verrai-je plus, si je t'aime toujours?
[Catulle , LXVIII, 20 et LXV, 9.]

Und habe ich diesem Stücke außerordentlich viel zu verdanken, weil es die Veranlassung zu unserer Bekanntschaft gab. Denn es ward mir lange vorher mitgeteilt, ehe ich ihn persönlich kannte, und erfuhr ich zuerst dadurch seinen Namen; solchergestalt beförderte es diejenige Freundschaft, welche wir, solange es Gott gefiel, miteinander gepflogen haben und welche so innig, so vollkommen war, daß man gewiß von viel dergleichen nicht lesen wird; und unter den Menschen heutigen Tages findet sich davon gar keine Spur mehr. Um eine solche Freundschaft zu stiften, werden so viele Zufälligkeiten erfordert, daß es schon viel ist, wenn das Glück solche nur alle dreihundert Jahre einmal zusammentreffen läßt.

link: Über die Freundschaft
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Nun aber macht diese den höchsten Grad ihrer Vollkommenheit aus. Denn überhaupt sind alle die Freundschaften, welche aus Wollust, aus Eigennutz und Not, öffentliche oder häusliche, errichtet werden, um so weniger schön und herzlich und daher um so minder Freundschaft, als sich andere Ursachen, andere Zwecke und anderer Genuß hineinmischen als die Freundschaft selbst.Wenn man damit die Neigung zum weiblichen Geschlecht vergleicht, so wird man finden, daß, ob solche gleich aus unserer Wahl entspringt, man sie doch nicht in dies Verzeichnis bringen könne. Ihr Feuer, das bekenne ich,
Neque enim est Dea nescia nostri
quae dulcem curis miscet amaritiem
ist heftiger, durchdringender und angreifender. Aber, ein unbesonnenes, wildes Feuer, flatterhaft und ungleich; eine Fieberhitze, die bald steigt, bald fällt und die uns nur bei einem Zipfel hält. In der Freundschaft ist es überall verbreitete Wärme, im übrigen gemäßigt und immer sich gleich; eine Wärme, die anhält und nicht verfliegt; durchgängig lieblich und sanft schmelzend, die nichts Brennendes oder Stechendes bei sich führt. Was noch mehr ist, in der Liebe ist es nur ein ungestümes Begehren nach dem, was uns flieht.
Come segue la lepre il cacciatore
Al freddo, al caldo, alla montagna, al lito,
Nè più l'estima poi che presa vede;
E sol dietro a chi fugge affretta il piede.
Ariost X, 7:
Wie der Weidmann dem Hasen nachsetzt, in Frost, in Hitze, durchs Tal und über Berge; und hat er ihn erhascht, nicht mehr sein achtet, nur bloß den, der ihn flieht, verfolgt.
Sobald sie sich in Freundschaft umwandelt, das heißt nach Gutbefinden des Willens beider, verraucht sie, erkrankt; Genuß, weil er nur am Körperlichen hängt und Sättigung hervorbringt, vernichtet sie. Die Freundschaft hingegen gibt in eben dem Maße Genuß, als sie begehrt. Sie sproßt, nährt sich und wächst bloß durch den Genuß, weil sie geistig ist und die Seelen durchs Annahen sich immer mehr einigen. Unter dieser vollkommenen Freundschaft haben jene flüchtigen Neigungen ehedem auch bei mir Platz gefunden; damit ich nichts von meinem Freunde sage – er hat es nur zu deutlich durch seine Gedichte bekannt. Also sind diese Leidenschaften beide mir nicht unbekannt geblieben; nie aber tat es eine der andern gleich. Die erste nimmt immer einen sehr hohen, stolzen Flug und sieht mit Verachtung auf die andere herab, die mit ihren Kräften tief unter ihr flattert.
In derjenigen Freundschaft, wovon ich rede, vermischen und schmelzen sie sich solchergestalt ineinander, daß ein so durchaus Zusammengesetztes daraus wird, daß auch die Spur der Naht davon verschwindet, welche sie aneinander geheftet hat.
Wenn man in mich dringt, ich soll sagen, warum ich meinen Freund Boëtius liebte, so fühle ich wohl, daß sich das nicht anders ausdrücken läßt, als wenn ich antworte:
»Weil's er war, weil ich's war.«
Komme man mir ja nicht und setze in diesen Rang jene andern Alltagsfreundschaften; ich habe davon ebensoviel Kenntnis wie ein anderer und das von den vollkommensten in ihrer Art; allein ich rate nicht, ihre Regeln miteinander zu verwechseln; man würde sich mächtig irren. Bei diesen andern Freundschaften muß man ja sehr bedächtig und vorsichtig verfahren und nie den Zügel aus der Hand lassen, die andere Verbindung ist so sicher geknüpft, daß es keines Mißtrauens bedarf. Liebe deinen Freund, sagte Chilon, als ob du ihn eines Tages hassen müßtest, und hasse deinen Feind so, als ob du ihn einst lieben müßtest. Dieser Rat, der in dieser hohen und erhabenen Freundschaft so scheußlich ist, hat gleichwohl bei gewöhnlichen und Alltagsverbindungen seinen heilsamen Nutzen; indessen ist's doch besser, wenn man statt dieses Rates Chilons, Aristoteles' gewöhnliches Sprichwort einführt: »O meine Freunde, man findet keinen Freund mehr.«
Alltagsfreundschaften lassen sich teilen, man kann in dem einen die Schönheit liebhaben, in dem andern die sanften Sitten, in einem andern die Freigebigkeit, in diesem die Zärtlichkeit des Vaters, in jenem des Bruders usw. Bei dieser Freundschaft aber, welche sich der Seele bemächtigt und solche unumschränkt regiert, ist es unmöglich, daß sie zweifach ist.
Der alte Menander pries den glücklich, der nur den Schatten von einem Freund hätte finden können. Er hatte gewiß recht, das zu sagen; selbst wenn er aus Erfahrung gesprochen. Denn, in Wahrheit, wenn ich das übrige meines Lebens, das ich zwar durch die Gnade Gottes ganz gemächlich und bequemlich und außer dem Verlust eines solchen Freundes frei von drückendem Kummer, mit ganz ruhigem Gemüt hingebracht habe, indem ich das, was mir der Himmel bescherte, mit Danksagung genoß und nicht mehr Überfluß begehrte; wenn ich es ganz durchgängig vergleiche, sage ich, mit den vier Jahren, da mir's so gut ward, des süßen Umgangs mit diesem Manne zu genießen, so ist's ein bloßer Rauch, nichts weiter als eine dunkle freudenleere Nacht. Seit dem Tage, da ich ihn verlor:
Quem semper acerbum,
semper honoratum (sic Di, voluistis!) habebo
schleich' ich hinwelkend umher, und die Freuden selbst, die sich mir darbieten, anstatt mich aufzuheitern, verdoppeln meinen Schmerz über seinen Verlust. Wir gingen beständig zur Hälfte: mich dünkt, ich raube ihm jetzt seinen Anteil.
Nec fas esse ulla me voluptate hic frui
Decrevi, tantisper dum ille abest meus particeps.
Ich war dergestalt daran gewöhnt, überall selbander zu sein, daß mir deucht, ich sei nur noch halb.
Illam meae si partem animae tulit
Maturior vis, quid moror altera?
Nec carus aeque, nec superstes
Integer. Ille dies utramque
Ducet ruinam.
Bei jeder Handlung, bei jedem Gedanken finde ich Gelegenheit zu dieser Klage, so wie er getan haben würde, wenn er mich überlebt hätte; denn, so wie er mich in jeder andern Wissenschaft und Tugend unendlich weit übertraf, so tat er's auch in der Pflicht der Freundschaft.
Quis desiderio sit pudor aut modus
Tam cari capitis.13
Catull LXVIII, 20: Oh, wie elend macht, Bruder, mich dein Verlust! Dahin mit dir ist meine Freude! Mit dir starb jeder Genuß mir, der mir durch den Besitz deiner edeln Seele, solang du hier walltest, geschenkt ward. Dein Tod hat mir meine Seele geraubt, hat alle Musen, alle Grazien von mir verscheucht.
15 Catull LXV, 9: Soll ich nie dich wieder sprechen? Nie, liebenswürdigster Bruder, dein Antlitz wieder sehen? Doch werd' ich gewiß ewig dich lieben.
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